Vision de l’Inde

Journal textile  n°4

Logiquement, cette page devrait être au tout-début de ma série d’articles,  (ce qui sera le cas lors du montage!) mais elle n’était pas finie.

J’emprunte mon titre à une phrase d’Henri Michaux et  joue sur le double -sens qu’il évoque: » Apres un voyage en Inde, on aurait tendance à dire : j’ai vu l’Inde, alors que c’est elle qui vous a vu » C’est exact, l’Inde vous prend dans ses bras, avec ses fleurs grimpantes, ses parfums, ses épices, ses saris………….C’est un envoûtement! Et chaque état est différent………J’en ai surtout visité deux, qui sont voisins, et j’ai noté toutes les variations. L’Inde est un continent, un pays immense, on peut déclarer: « j’ai vu le Rajasthan, j’ai visité le Gujarat », mais pas dire qu’on connaît l’Inde! Ceci dit, j’ai rencontré des gens fous de ce pays, entre autres deux couples qui y vont tous les ans depuis 30 ans………. 

Un drapeau fiché en plein milieu du pays, un pays fiché en plein dans mon coeur!L’auteur du livre (qui inspira le fim éponyme de Renoir) Le fleuve,  écrivait qu’une  « Une fois que vous aurez senti la poussière de l’Inde, vous ne vous en libèrerez jamais » . Rumer Godden avait, ô combien,  raison !

J’ai décoré  ma page de journal textile de 4 ornements  trouvés à l’étal d’un petit marchand, je les ai rebrodés pour les fixer, la grosse fleur jaune au moins est brodée à la main, j’ai noté la mer : l’océan indien ( je me suis  baignée à Diu, ancienne enclave portugaise):  rien que le Gujarat possède 1500 kms de côte…j’ai noté le Pakistan voisin des 2 états où je suis allée lors de mes 2 précédents voyages ( afin aussi que vous puissiez vous repérer), et j’ai inscrit Jaïpur, capitale du Rajasthan et Ahmédabad, capitale du Gujarat (Nord-Ouest) New- Dehli aussi, la capitale que j’ai visitée; il y a dans cette ville un « craft museum » extraordinaire, il faut prévoir beaucoup de temps pour le visiter, celui-ci m’a manquée, son département des  textiles est I-NOUI ! A Ahmedabad, j’ai vu un « Calicot museum » richissime et d’un très grand intérêt. Sachez que ces 3 grandes villes (En Inde, il y a plus de 38 villes ayant plus de 3 millions d’habitants…………) sont bruyantes, survoltées, surpeuplées; Paris doit être pour un indien  un village paisible…Un proverbe indien ne dit-il pas que «Tout européen qui vient en Inde acquiert la patience s’il n’en a pas et la perd s’il en a.»  A part des points plus sophistiqués pour fixer les décos, j’ai volontairement cherché la simplicité du point devant, car je veux pouvoir compléter ma carte  si j’ai la chance de pouvoir retourner dans le sud du pays pour un 3° voyage; c’est pour cela que j’ai déjà noté les noms de Madras et Bangalore…Rappelez-vous la prédiction  de R.Godden; la poussière indienne est d’or et de safran, j’en ai plein les mains et le coeur. Amies abeilles, vous aurais-je fait rêver un tout petit peu? Alors mon  pari de journal textile a un tout petit peu réussi…

A dimanche!

 

 

La princesse aux petits pois

Faisons un sort d’abord à la spirale; et la voix de Colette: « Des cris variés, agréables comme des chants, s’envolent par les fenêtres, tourbillonnent dans la spirale de l’escalier comme des fleurs éclatantes ».

A force de coudre des corbeilles textiles, près de 80 environ………….je connais tout de l’art de spiraler en grand, en orange, en vert…….en petit, c’est plus difficile? Et bien: non! la preuve: J’avais une petite idée dans la tête et j’ai cousu 6 petites spirales, avec fil métallique et colle pailletée (que certaines appelent « glitter », ça fait plus « pro »!)  Et voili-voilou le petit collier- cadeau:

Montée sur  un cercle, la grappe de « rondelles » tourbillonnantes réchauffe le creux d’un cou gracile. Rien à voir avec le tablier gris évoqué par Robbe-Grillet: »Femme qui monte en courant d’étage en étage tout au long de l’étroit colimaçon où son tablier gris tournoie en spirale »…

-« C’est du grand n’importe quoi, Anne!! tu mets un titre, et tu parles d’autre chose! »

-Pas du tout, petite abeille, pas du tout, la princesse  a sûrement des colliers,  avec des spirales………Et puis, tiens, elle a même trouvé 3 petits pois…en malachite, regarde ce qu’elle en a fait…….. »

-C’est vrai, j’avais un collier d’Afrique que j’aimais beaucoup, portais beaucoup…………un jour, il a cassé, j’ai ramassé les perles, les ai mises dans un beau cendrier et les ai laissées là. Je passe tous les jours devant, ..depuis 10 ans à peu près!!!je ne l’ai jamais remonté!!

Un jour,  déclic, j’ai vu ces boules vertes, elles m’ont fait penser à des petits pois, et j’ai fait ce collier  ; et il ne passe pas inaperçu et amène au moins un sourire sur les lèvres les plus pincées!!! J’ai fait les gousses selon la technique du « barbola »: point de feston en relief   (point de bruxelles dans certain livre) modelé sur un support avec de la colle textile (ce n’est pas du stumpwork, pas de fil de métal!! si vous voulez en savoir un peu plus, regardez dans Just Stitch de Lesley turpin- Delport) La vrille, un rang de chainette avec fil métal et coton perlé, enroulé autour d’un crochet. Le tout monté sur un collier de velours!

Avec tout un collier démonté, je pourrais en faire des petit pois ! Ou les cacher sous un matelas?

C’est pas tout ça, il va falloir quand même que je les ré-enfile les perles, moi! Avant que ce soit fait (!), on a RV ce vendredi autour du cahier textile de l’Inde….Bises, amies ailées!!

La mer et les roses…………….

Lorsqu’elle   m’a demandé ces 2 corbeilles, j’ai pensé à Hérédia: ses poèmes marins, ses soleils couchants, son récif de corail; ses vers ont fait chanter mes mains, mes mains ont dansé sur ses rythmes.

La 1° corbeille devait dire l’amour de la mer, être dans les bleus, un soupçon de sable, un nuage qui traîne.

« Les ajoncs éclatants, parure du granit,
Dorent l’âpre sommet que le couchant allume ;
Au loin, brillante encor par sa barre d’écume,
La mer sans fin commence où la terre finit. »

Le bleu: » …Une tonalité, un climat, une résonance spéciale de l’air. Un empilement de clarté, une teinte qui naît du vide ajouté au vide, aussi changeante et transparente dans la tête de l’homme que dans les cieux. »(J.M.Maulpoix)

Petit coquillage et étoile de mer en breloque, coquillage véritable, « perles »,et le dernier rang spiralé d’un coton dégradé de bleu (un souvenir de Sicile qui m’est cher) …………..

Et puis, il fallait pour la 2° corbeille des tons chauds, la lave, l’orange,le rouge, le feu, la passion… 

« L’horizon tout entier s’enveloppe dans l’ombre,
Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
Ferme les branches d’or de son rouge éventail. »

Et là, comme s’il y avait une continuité entre la mer et le feu,  véritablement, mon coeur s’est embrasé, j’ai adoré piquer, tourner, associer……………

« Le soleil sous la mer, mystérieuse aurore,
Éclaire la forêt des coraux abyssins
Qui mêle, aux profondeurs de ses tièdes bassins,
La bête épanouie et la vivante flore. »Trois roses, oui, il ne m’en fallait pas une seule, ni deux, (les chiffres pairs, bof)…………mais trois, trois en diagonale, pas une de moins! Et je l’avoue, j’en demande pardon à celles qui me commandent des corbeilles, je ne pense plus à la corbeille elle-même, mais à un objet qui perd toute fonction, je suis libre, libre de créer non une corbeille,mais un bel objet de déco; je pense à mon plaisir  d’imaginer et de faire osant espérer qu’en écho, il surprendra, comblera  celle qui le recevra.
Il m’est impossible de refaire la même, pourtant, cette corbeille, une fois encore, il me fut difficile de m’en séparer, je l’aurais bien gardée…………

Merci à vous pour votre confiance,  vos idées, vos associations, votre façon personnelle de me dire ce que vous désirez, de me laisser libre; parfois, de façon étonnante, ça fait TILT et je suis heureuse, heureuse plus que je ne peux le dire; c’est tout à fait mystérieux……………Jamais, je ne vous dirai assez merci, mes amies ailées qui visitez ma ruche, et qui,  de temps à autre , semblez l’aimer! A mercredi!

Hommage à l’amour

3° page de mon carnet textile de voyage

Tous les vendredis sur ce blog, je vous emmène en Inde. Voici donc, le jour du rendez-vous! 

Près d’Agra, (dans l’Uttar Pradesh) se trouve le plus beau monument d’amour au monde  ; j’y suis allée lors de mon premier voyage en Inde, il y a 18 mois. Je redoutai la confrontation, je me disais que les  lieux touristiques nous déçoivent souvent, que la foule allait me rebuter; la vérité m’oblige à dire qu’il n’en est rien, on est en face du Taj Mahal, on est apaisé, on oublie les visiteurs nombreux, c’est un monument pur,  en marbre blanc, aux lignes équilibrées, PAR-FAIT! Absolument! c’est un choc esthétique!

On ressent en ce lieu romantique l’amour de son concepteur pour sa femme morte en couches (lors d’une 14° naissance).Le monument surplombe la Yamuna, s’y reflète, impression que l’eau contient comme notre coeur, le souvenir de cet amour…

La masse devient légère, monte vers la lumière, aveuglante de blancheur, on songe à ce prince  que son propre fils fit enfermer au fort d’Agra d’où le souverain déchu contemplait son oeuvre et le souvenir d’une femme très aimée. C’est beau, plus qu’on ne peut l’imaginer;  c’est une sorte de rêve éveillé et immortalisé…Un rêve auquel on croit et qu’on enferme en soi. A jamais.

Sur le blog de Fenivia (http://fenivia.over-blog.com), j’ai trouvé un dessin que j’ai interprété en broderie, l’allégeant encore, ma main empruntant le chemin de mon regard lorsque je me retrouvai, médusée,  un petit matin face au Taj Mahal.

Techniques: Sur un fond jaune imprimé au curcuma, de la broderie (points de feston,  de tige et de chaînette torse), des appliqués (batik pour le sari, taffetas blanc pour la coupole)

Le Taj Mahal est si beau qu’il en paraît étrange, irréel et me vient en mémoire une réflexion de Tagore à propos de l’art: »Je crois en un idéal qui plane sur toute la terre, qui la pénètre toute entière… en un idéal de Paradis qui n’est pas le produit de l’imagination, mais l’ultime réalité où toutes choses résident et se meuvent. Je crois que cette vision du paradis s’aperçoit dans la lumière du soleil, dans la verdure de la terre, … » et dans certaines constructions humaines………Surtout lorsque l’amour en fut la cause!

L’amitié n’est pas en reste, merci de votre passage !!! Je publierai pendant ces 15 jours, mais n’étant pas chez moi, j’aurai sûrement un peu de mal à répondre à vos commentaires et à surfer sur vos blogs; vous le savez, j’y reviens toujours un jour ou l’autre, sinon »je suis  en manque »…. de vous! A dimanche!

Un point de broderie: le point de poste

Broderie, le point de poste (1/2)

Je parle souvent de broderie, jamais d’un point en particulier (j’ai pour habitude de les mêler); aujourd’hui,  le seul point de poste (en anglais Bullion stitch)

Ma grand-mère maternelle m’a appris à broder lorsque j’étais très jeune, ma mèe savait bien broder aussi, mais pas le point de poste. Quand j’ai commencé à faire des robes à smocks à mes filles (beaucoup de motifs de smocks sont à base de points de poste), elle n’a pas pu m’apprendre, j’ai compris seule la technique (il faut surtout une aiguille fine qui passe à travers l’enroulement.)

Sur la carte, ci -dessus, vous noterez que la rose s’inscrit dans un bouton,  c’est bien moins simple qu’il n’y paraît puisque un point de poste nécessite que l’aiguille pique et ressorte du tissu dans un même mouvement. J’ai vu des boutons brodés en 2007(http://www.needlework-tips-and-techniques.com/bullion-stitch.html)  j’ai cherché aussitôt comment y arriver; en vain pendant longtemps; avant enfin de broder une fleur au point de poste sur un bouton. Ouf!!!! un autre bouton brodé, ici: http://scatteredsewist.blogspot.com/2010_09_01_archive.html

 « Il advint que là où le père du Prince était enterré,
Poussa un rosier, un très beau rosier
Qui ne fleurissait qu’une fois tous les cinq ans,
Et qui ne portait qu’une seule fleur;
Mais cette fleur était une rose.
Elle sentait si bon que tous les soucis et chagrins
De celui qui humait son parfum étaient oubliés.  » (Andersen)

Ensuite a paru un livre des editions  tutti-frutti (traduction de l’excellent australien Country bumpkin)  expliquant comment faire: Point de poste A-Z. Alors, allez-vous demander: quel est l’intérêt? Et bien imaginez des cardigans, des vêtements de petites filles, une robe de mariée, que sais-je? Partout peuvent fleurir les boutons- roses brodées!

Un paletot du commerce en polaire blanche; devant 4 boutons ornés de rose, dans le dos une seule pour souligner le pli d’aisance, une autre à la manche. Ravissant! Voir les détails:

« Vous adorez les roses – moi aussi.
Je voudrais que le ciel fasse pleuvoir des roses,
Comme elles pleuvent du buisson secoué par le vent.
Pourquoi cela ne serait-il pas ?

Alors toute la vallée serait rose et blanche
Et si douce au pas du marcheur: Elles tomberaient aussi légères
Que les feuilles, dans une douce odeur: et ce serait
Comme dormir et s’éveiller tout ensemble.  » (Georges Eliot)

Allez, point de poste et autres sur une autre carte autour du timbre » fête des brodeuses » (pour Elena dont tout le monde connait -j’espère- le blog coeur de freesia):

Merci à toutes pour vos nombreux messages à propos de la corbeille du dernier article; n’oubliez pas d’aller souvent sur le site de l’Etoile de Martin  http://dmtmpourledm.canalblog.com (vente le 5 mai).

Jouons -amies ailées- avec les mots: « Fête des brodeuses, faite de la  broderie »!! Je vous y invite. A vendredi pour une escale en Inde et mon journal textile!